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La 4e chaise : c’était à Paris le 10 avril.

Première rencontre avec nos lecteurs : les vertus de la démonstration. Panser ou penser l’écart ? Hier soir, il aura plus été question de « panser » que de « penser ». Rien de surprenant : les lecteurs sont à peine en train de découvrir notre essai, sa densité, et les hypothèses que nous y avons fondées. Soulagement, effets thérapeutiques ? Oui, bien sûr. La perspective de penser l’écart, en s’extrayant de l’endroit où sont aujourd’hui assignés les « surdoués », pour prendre de la hauteur et permettre qu’une vue d’ensemble se dégage enfin est déjà en soi « thérapeutique ». Penser panse. Mais ce qui est thérapeutique l’est d’autant plus, paradoxalement, que l’on s’intéresse à l’au-delà de la souffrance. Non pour la nier, mais tout au contraire, pour s’en…

Événement : sortie le 7 février 2018 du livre, Les « surdoués » et les autres (Lattès, 2018)

D’habitude, la douance est décrite, jamais expliquée et on propose aux « surdoués » des outils censés les aider à s’adapter. Dans cet ouvrage, l’intelligence est replacée dans une perspective anthropologique, celle d’un être humain dont la conscience du temps et de la mort conditionne toute la cognition. Non seulement l’énigme des « surdoués » s’y résout, mais cela éclaire certaines angoisses généralement passées sous silence. Dans ce livre il s’agit d’analyser la « folie » ordinaire, celle des gens « normaux », pour en finir avec la prétendue « immaturité affective » des « surdoués ». Ce renversement de perspective permet aussi de modifier radicalement la manière de poser certains problèmes très contemporains : crise de l’autorité, crise des valeurs, quête de la subjectivité, mythe de la modernité désenchantée.…

Extrait de l’ouverture du livre : invitation au lecteur

Sandrine Gianola : Voici trois amis. Ils viennent de s’asseoir à table. Devant eux fume une tisane ou luit un verre de vin. C’est selon le jour et l’humeur. Trois voix s’élancent, échangent, débattent et confrontent leur vécu comme leur pratique. Comme chaque fois, aucun ne regardera sa montre. C’est autour de cette table, toute simple, où nous nous retrouvons si souvent, que j’invite le lecteur, et ses mille et un visages, comme quatrième participant. Je considère souvent cette chaise vide: elle est, pour moi, pleine de présence. J’aimerais que ce livre soit un partage vivant, loin des discours ronflants d’autorité. Un livre de recherche, un instantané du cours bouillonnant d’une pensée, prise sur le vif, et pour autant qui ne lâche rien de l’exigence et de la rigueur auxquelles…

Extrait : L’écart face au moment d’agir

Entre Charybde et Scylla. C.T. : Olivia aimerait être écrivain, mais l’objectif de publier des romans ne lui suffit pas. À chaque fois qu’elle prend la plume, elle se mesure à Proust, et constate invariablement qu’elle est condamnée à échouer. À ses premières tentatives, elle parvenait à se leurrer pendant des mois. La première a débouché sur un manuscrit de plus de cinq cents pages qu’elle a essayé de retoucher durant deux ans, de manière frénétique, compulsive, réécrivant chaque phrase mille fois, se perdant des nuits entières dans un paragraphe, tentant de modifier parfois tout l’ordonnancement du récit en espérant que la solution jaillirait de ce chamboulement. Jusqu’à l’écœurement, jusqu’à ce qu’il ne reste même plus l’élan et la cohérence du premier jet, seulement un amas de phrases vides qu’elle a…